Président du Burkina Faso, le 18 novembre 2008. Monsieur Blaise COMPAORE est arrivé au pouvoir, le 15 octobre 1987, à la suite d’un terrible bain de sang qui a causé la mort de mon époux Thomas SANKARA ainsi que douze de ses compagnons. Des mêmes suites, certains militaires avaient été sauvagement assassinés, d’autres torturés et brûlés aux camps de Koudougou et de Kamboinsin.
Thomas SANKARA était un homme qui oeuvrait pour le développement du Burkina Faso et le bien être
de son peuple. Mais méritait-il ce triste sort (son assassinat était un acte inédit au Burkina Faso)
qui ne m’a pas permis, ainsi qu’à sa famille de voir son corps, de veiller sa dépouille et de lui donner
une sépulture digne. Et pour achever cet acte d’une cruauté sans nom, il m’avait été remis un certificat
de décès précisant que mon mari – le Président Thomas SANKARA – était mort de mort naturelle.
Avec ce qui me restait de courage, j’ai entrepris à la limite de la prescription, une action judiciaire
pour la justice et la vérité. Monsieur Blaise COMPAORE, ayant une justice aux ordres, a étouffé toutes
les voies de droit que j’explorais. Interdisant même à son Ministre de la Défense d’ordonner l’ordre
de poursuite devant les Tribunaux Militaires.
Ayant épuisé toutes les voies de recours internes au Burkina Faso, et devant le refus de ce pouvoir de me faire justice, j’ai alors saisi le Comité des Droits de l’Homme (de l’ONU) le Burkina Faso ayant ratifié le pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi que le protocole facultatif entré en vigueur le 23 mars 1976. Il a été rendu à mon bénéfice deux décisions : une sur la recevabilité de ma
communication et l’autre sur le fond.
C’est en effet, lors de sa 86ème session tenue du 13 au 31 mars 2006 que le comité des Droits de l’Homme (de l’ONU) a rendu sa décision sur le fond, faisant ressortir des violations par le Burkina Faso des articles 7 et 14
paragraphe 1 du pacte. Le Burkina Faso devait donner, dans les 90 jours de la transmission des
constatations du Comité,
des informations sur les mesures prises pour y donner suite.
Comme à son habitude Blaise COMPAORE, bernait le Comité des Droits de l’Homme (de l’ONU) en rectifiant à sa façon l’acte
de décès de mon époux, en proposant une indemnité de 66231 euros 471 centimes, tout en oubliant de me montrer officiellement le lieu de sépulture de Thomas SANKARA.
Mais l’ONU s’en est satisfait. Je n’ai jamais compris pourquoi on me demande en tant que victime d’accepter des
indemnités et de pardonner, alors que les auteurs de ces crimes se promènent librement en toute impunité, alors même que par ailleurs de semblables criminels sont jugés comme l’est aujourd’hui
Charles TAYLOR.
Monsieur le Président, Blaise COMPAORE est un prédateur qui a éliminé
tous ceux qui lui faisaient de l’ombre. La liste, longue, est de notoriété publique. On se souvient
encore de la mort du journaliste Norbert ZONGO assassiné et brûlé dans sa voiture, dont le dossier
a été ‘’enterré’’ sans aucune autre forme de procès.
Sous la gouvernance de Blaise COMPAORE, le Burkina Faso a été mis en cause par les experts de l’Onu dans le cadre du
suivi des sanctions à l’encontre de l’UNITA en Angola,
et du Front révolutionnaire de Sierra Léone notamment.
Il a été impliqué aussi dans la déstabilisation de la Côte d’Ivoire…Ces dernières semaines, d’anciens compagnons de
Charles TAYLOR (John TARNUE et Prince JOHNSON) ont mis en cause Monsieur Blaise COMPAORE dans l’assassinat
de mon mari et de ses 12 compagnons le 15 octobre 1987. Mais Blaise COMPAORE n’en a cure.
Ayant érigé l’impunité en système de gouvernement, Blaise COMPAORE cherche aujourd’hui une réhabilitation internationale que des rencontres comme celle-ci lui donnent. Je suis une veuve qui ne pourra faire son deuil, que si justice est rendue à Thomas SANKARA. Ma soif de justice est la même que celle des autres veuves comme Madame ERIGNAC, Madame BORREL qui ont reçu votre indéfectible soutien.
Monsieur le Président, vous êtes aussi un homme de robe, qui avait placé la justice au centre du serment d’Avocat et de
Président. Il serait alors souhaitable, que vous puissiez exiger de votre encombrant hôte, de me laisser accéder à la justice militaire dont l’action ne peut être déclanchée que sur
ordre
de poursuite de son Ministre de la Défense. La réconciliation et le pardon sont à ce prix.
En vous remerciant d’avance de votre soutien transcendant la logique politique, je vous prie d’agréer, Monsieur le
Président, l’assurance de ma haute et respectueuse considération. Mercredi 12 novembre 2008 Mariam SANKARA


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