NON À LA DIRECTIVE "RETOUR"
NON À LA DIRECTIVE "RETOUR"
NON À LA DIRECTIVE DES RAPATRIEMENTS
Appel aux Députés européens
http://www.cadtm.org/spip.php?article3470
Le 18 juin 2008 à Strasbourg, le Parlement européen devra se prononcer sur
la Directive "Retour", concernant les étrangers en séjour irrégulier dans
l'Union européenne.
Ce texte, qui a été approuvé par le Conseil des ministres de l'intérieur
de l'Union européenne, prévoit que le temps de détention administrative
des immigrés en séjour irrégulier pourra être prolongé jusqu'à 18 mois.
C'est là une mesure complètement disproportionnée, une véritable
criminalisation des immigrés qui se voient ainsi privés de liberté, et qui
sont détenus dans des lieux inhumains et dégradants, alors même qu‚ils
n‚ont commis aucun délit.
La directive prévoit, entre autres, la possibilité d'incarcérer et
d'expulser des mineurs non accompagnés, de déporter les immigrés vers des
pays qui ne sont pas leurs pays d'origine et de leur interdire de revenir
dans l‚Union européenne pour une période pouvant aller jusqu'à cinq ans à
compter du jour de leur expulsion.
Dans la version finale du texte, ont été supprimées diverses garanties et
dispositions destinées à permettre aux immigrés d‚introduire des recours
légaux contre leur expulsion, ce qui pourrait priver les immigrés
souhaitant demander l'asile politique d‚exercer ce droit essentiel.
Parce que cette directive sape les normes européennes et internationales
de respect des droits de l'homme et aggrave encore les conditions
d'accueil des migrants;
Parce qu'elle ne concerne pas seulement la politique migratoire de l'UE,
mais qu'elle porte atteinte à la nature même de notre modèle de société;
Parce que la loi doit être égale pour tous et toutes, et que les libertés
fondamentales ne sont pas négociables,
Nous faisons appel aux parlementaires européens pour qu‚ils
rejettent cette directive.
Premiers signataires:
France: Manu Chao, chanteur ;Susan George, écrivain et économiste, membre
fondateur d'ATTAC; Toure Kunda, musicien; Philippe Diaz, cinéaste;
Belgique: Pierre Mertens, écrivain; Luc et Jean-Pierre Dardenne,
cinéastes; France Arets, porte-parole du Collectif de Résistance Aux
Centres Pour Etrangers CRACPE, Liège; Georges-Henry Beauthier, Avocat,
ex-président de la Ligue des Droits de l'Homme; Céline Delforge, députée
de la région bruxelloise, ECOLO; François Houtart, professeur émérite de
l'Université catholique de Louvain-la-Neuve; Karine Lalieux, députée
fédérale belge, PS; Philippe Moureaux, sénateur belge, PS; Clotilde
Nyssens, députée fédérale belge, CDH; Carine Russo, Les Marches Blanches,
sénatrice belge ECOLO; Dan Van Raemdonck, Président d'honneur de
l'Association européenne pour la défense des droits de l'Homme AEDH,
Vice-président de la Fédération International des Droits de l'Homme FIDH;
Eric Toussaint, Docteur en sciences politiques, président du CADTM
Belgique; Thierry Michel, cinéaste
Allemagne: Elmar Alvater, professeur de l'Université libre de Berlin;
Friederike Habermann, écrivain; Birgit Mahnkopf, professeur de l'Ecole
d'économie de Berlin; Morus Markard, professeur de l'Université libre de
Berlin; Albert Scherr, président du Comité pour les droits fondamentaux
et la démocratie et professeur universitaire; Martin Singe, membre du
Comité pour les droits fondamentaux et la démocratie;
Espagne : Pilar Bardem, actrice; Marcelino Camacho, syndicaliste; Jaume
d'Urgell, journaliste, directeur de la revue democracia.es; Rosa Regás,
écrivain et ancienne directrice de la "Biblioteca Nacional";
Grèce: Michalis Grigoriou, architecte et professeur de l"Ionian
University", Dimitrios Halastis, artiste; Yannis Kakoulides, écrivain;
Tasos Koronakis, Forum Social Grec; Georgios Makris, acteur; Jina Politi,
professeur de Aristotle University; Nadia Valavani, écrivain et
économiste;
Italie: Moni Ovadia, acteur, écrivain; Margherita Hack, astrophysicienne;
Danilo Zolo, philosophe et juriste; Wilma Labate, cinéaste;
Portugal: Jorge Silva Melo, cinéaste, acteur et écrivain; Luis Moita,
directeur adjoint de l'Université autonome de Lisbonne.
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Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du monde, je fais appel à
la conscience des dirigeants et citoyens pour que ne soit pas approuvé le
texte de la "directive retour".
Evo MORALES AYMA, Président de la République de Bolivie
11 juin 2008
par Evo Morales Ayma
http://www.cadtm.org/spip.php?article3448
Jusqu‚à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l‚Europe était un continent
d‚émigrants. Des dizaines de millions d‚habitants partirent aux Amériques
pour coloniser, échapper aux famines, aux crises financières, aux guerres
ou aux totalitarismes européens et à la persécution des minorités
ethniques. Aujourd‚hui, je suis avec préoccupation le processus de la dite
"directive retour".
Ce texte, validé le 5 juin dernier par les ministres de l‚Intérieur des 27
pays de l‚Union européenne, doit être approuvé le 18 juin par le Parlement
européen. Je perçois qu‚il durcit de manière drastique les conditions de
détention et d‚expulsion des migrants sans papier, quel qu‚ait été leur
temps de séjour dans les pays européens, leur situation de travail, leurs
liens familiaux, leur volonté et le succès de leur intégration.
Les Européens sont arrivés dans les pays d‚Amérique latine et d‚Amérique
du Nord, en masse, sans visa, ni conditions imposées par les autorités.
Ils furent toujours bienvenus, et le demeurent, dans nos pays du continent
américain, qui absorbèrent alors la misère économique européenne et ses
crises politiques. Ils vinrent sur notre continent en exploiter les
richesses et les transférer en Europe, avec un coût très élevé pour les
peuples premiers de l‚Amérique. Comme par exemple dans le cas de notre
Cerro Rico de Potosi et de ses fabuleuses mines qui donnèrent sa masse
monétaire au continent européen entre le XVIe et le XIXe siècle. Les
personnes, les biens, les droits des migrants européens furent toujours
respectés. Aujourd‚hui, l‚Union européenne est la principale destination
des migrants du monde, conséquence de son image positive d‚espace de
prospérité et de libertés publiques. L‚immense majorité des migrants
viennent dans l‚Union européenne pour contribuer à cette prospérité, non
pour en profiter. Ils occupent les emplois de travaux publics, dans la
construction, les services aux personnes et dans les hôpitaux, que ne
peuvent ou ne veulent occuper les Européens. Ils contribuent au dynamisme
démographique du continent européen, à maintenir la relation entre actifs
et inactifs qui rend possible ses généreux systèmes de solidarité sociale
et dynamisent le marché interne et la cohésion sociale. Les migrants
offrent une solution aux problèmes démographiques et financiers de l‚UE.
Pour nous, nos émigrants représentent l‚aide au développement que les
Européens ne nous donnent pas - vu que peu de pays atteignent réellement
l‚objectif minimum de 0,7 pc du PIB d‚aide au développement. L‚Amérique
latine a reçu, en 2006, 68 milliards de dollars de transferts financiers
de ses émigrés, soit plus que le total des investissements étrangers dans
nos pays. Au niveau mondial, ces transferts atteignent 300 milliards de
dollars, qui dépassent les 104 milliards de dollars octroyés au nom de
l‚aide au développement. Mon propre pays, la Bolivie, a reçu plus de 10 pc
de son PIB en transferts de fond des migrants (1,1 milliard de dollars),
soit un tiers de nos exportations annuelles de gaz naturel.
Il apparaît que les flux de migration sont bénéfiques pour les Européens
et, de manière marginale, aussi pour nous du Tiers-Monde, vu que nous
perdons des millions de personnes de main-d‚oeuvre qualifiée en laquelle,
d‚une manière ou d‚une autre, nos Etats, bien que pauvres, ont investi des
ressources humaines et financières. Il est regrettable que le projet de
"directive retour" complique terriblement cette réalité. Si nous concevons
que chaque Etat ou groupe d‚Etats puisse définir ses politiques
migratoires en toute souveraineté, nous ne pouvons accepter que les droits
fondamentaux des personnes soient déniés à nos compatriotes et à nos
frères latino-américains.
La directive retour prévoit la possibilité d‚un enfermement des migrants
sans papier jusqu‚à 18 mois avant leur expulsion - ou "éloignement" selon
le terme de la directive. Dix-huit mois ! Sans procès, ni justice ! Tel
qu‚il est, le projet de directive viole clairement les articles 2, 3, 5,
6, 7, 8 et 9 de la Déclaration universelle des droits de l‚Homme de 1948.
Et en particulier l‚article 13 qui énonce : "1. Toute personne a le droit
de circuler librement et de choisir sa résidence à l‚intérieur d‚un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et
de revenir dans son pays." Et, pire que tout, il existe la possibilité
d‚emprisonner des mères de familles et des mineurs, sans prendre en compte
leur situation familiale ou scolaire, dans ces centres de rétention où
nous savons que surviennent des dépressions, des grèves de la faim, des
suicides.
Comment pouvons-nous accepter sans réagir que soient concentrés dans ces
camps nos compatriotes et frères latino-américains sans papiers, dont
l‚immense majorité travaillent et s‚intègrent depuis des années ? De quel
côté est aujourd‚hui le devoir d‚ingérence humanitaire ? Où est la
"liberté de circuler", la protection contre les emprisonnements
arbitraires ? Parallèlement, l‚Union européenne tente de convaincre la
Communauté andine des nations (Bolivie, Colombie, Equateur, Pérou) de
signer un "Accord d‚association" qui inclut en son troisième pilier un
traité de libre-échange, de même nature et contenu que ceux qu‚imposent
les Etats-Unis. Nous subissons une intense pression de la Commission
européenne pour accepter des conditions de profonde libéralisation pour le
commerce, les services financiers, la propriété intellectuelle ou nos
services publics. De plus, au nom de la "protection juridique", on nous
reproche notre processus de nationalisation de l‚eau, du gaz et des
télécommunications réalisés le Jour des travailleurs.
Je demande, dans ce cas : où est la "sécurité juridique" pour nos femmes,
adolescents, enfants et travailleurs qui recherchent un horizon meilleur
en Europe ? Promouvoir d‚un côté la liberté de circulation des
marchandises et des flux financiers, alors qu‚en face nous voyons des
emprisonnements sans jugement pour nos frères qui ont essayé de circuler
librement... Ceci est nier les fondements de la liberté et des droits
démocratiques. Dans ces conditions, si cette "directive retour" devait
être approuvée, nous serions dans l‚impossibilité éthique d‚approfondir
les négociations avec l‚Union européenne et nous nous réservons le droit
d‚imposer aux citoyens européens les mêmes obligations de visas qui nous
ont été imposées le 1er avril 2007, selon le principe diplomatique de
réciprocité. Nous ne l‚avions pas exercé jusqu‚à maintenant, attendant
justement des signaux positifs de l‚UE.
Le monde, ses continents, ses océans, ses pôles, connaissent d‚importantes
difficultés globales : le réchauffement global, la pollution, la
disparition lente mais sûre des ressources énergétiques et de la
biodiversité alors qu‚augmentent la faim et la misère dans tous les pays,
fragilisant nos sociétés. Faire des migrants, qu‚ils soient sans papiers
ou non, les boucs émissaires de ces problèmes globaux, n‚est en rien une
solution. Cela ne correspond à aucune réalité. Les problèmes de cohésion
sociale dont souffre l‚Europe ne sont pas la faute des migrants, mais le
résultat du modèle de développement imposé par le Nord, qui détruit la
planète et démembre les sociétés des hommes.
Au nom du peuple de Bolivie, de tous mes frères du continent et des
régions du monde comme le Maghreb et les pays de l‚Afrique, je fais appel
à la conscience des dirigeants et députés européens, des peuples, citoyens
et militants d‚Europe, pour que ne soit pas approuvé le texte de la
"directive retour". Telle que nous la connaissons aujourd‚hui, c‚est une
directive de la honte. J‚appelle aussi l‚Union européenne à élaborer, dans
les prochains mois, une politique migratoire respectueuse des droits de
l‚Homme, qui permette le maintien de cette dynamique profitable pour les
deux continents, qui répare une fois pour toutes l‚énorme dette
historique, économique et écologique que les pays d‚Europe ont envers une
grande partie du Tiers-Monde, et qui ferme définitivement les veines
toujours ouvertes de l‚Amérique latine. Vous ne pouvez pas faillir
aujourd‚hui dans vos "politiques d‚intégration" comme vous avez échoué
avec votre supposée "mission civilisatrice" du temps des colonies.